« De Quincey considère que jamais l’intelligence humaine ne s’éleva au point qu’elle atteignit en Emmanuel Kant. Et pourtant l’intelligence humaine, même à ce point, n’est pas divine. Non seulement elle est mortelle mais, chose affreuse, elle peut décroître, vieillir, se décrépir. Et peut-être De Quincey éprouve-t-il encore plus d’affection pour cette suprême lueur, au moment où elle vacille. Il suit ses palpitations. Il note l’heure où Kant cessa de pouvoir créer des idées générales et ordonna faussement les faits de la nature. Il marque la minute où sa mémoire défaillit. Il inscrit la seconde où sa faculté de reconnaissance s’éteignit. Et parallèlement il peint les tableaux successifs de sa déchéance physique, jusqu’à l’agonie, jusqu’aux soubresauts du râle, jusqu’à la dernière étincelle de conscience, jusqu’au hoquet final. »
Marcel Schwob, préface à la traduction des Derniers jours d’Emmanuel Kant de Thomas De Quincey
vendredi 30 novembre 2007
samedi 17 novembre 2007
Ludus gothicus
« Sous le ciel bleu de Byzance, l’hippodrome et le cirque avec, au premier plan, assis dans la loge d’honneur, l’empereur et l’impératrice entourés de leur suite ; derrière les barrières, les auriges attendent le moment de lancer dans l’arène leurs chevaux impatients, dressés sur les pattes de derrière ; des cavaliers au visage dur, armés de lances et entourés d’une horde de chiens, poursuivent les fauves ; des histrions et des acteurs déploient leur adresse dans le théâtre en plein air ; un acrobate, leste comme un singe, grimpe à une longue perche tenue par un athlète musclé ; un gladiateur, armé d’une hache, se rue sur un dompteur affublé d’une tête d’ours.
Le livre de Constantin Porphyrogénète, qui retrace les cérémonies à la cour de Byzance, nous livre, dans un chapitre intitulé : «Jeux gothiques», le sens de cette dernière scène : «Les divertissements nommés "Ludus Gothicus" ont lieu, selon le désir de Sa Majesté l’Empereur, huit jours après la fête de la Nativité et à cette occasion les invités de l’Empereur se déguisent en Goths, portant des masques représentant des têtes de bêtes sauvages.» »
Danilo Kis, « Les Lions mécaniques », Un tombeau pour Boris Davidovitch
Le livre de Constantin Porphyrogénète, qui retrace les cérémonies à la cour de Byzance, nous livre, dans un chapitre intitulé : «Jeux gothiques», le sens de cette dernière scène : «Les divertissements nommés "Ludus Gothicus" ont lieu, selon le désir de Sa Majesté l’Empereur, huit jours après la fête de la Nativité et à cette occasion les invités de l’Empereur se déguisent en Goths, portant des masques représentant des têtes de bêtes sauvages.» »
Danilo Kis, « Les Lions mécaniques », Un tombeau pour Boris Davidovitch
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