« Si chaque jour était une naissance, chaque jour serait une vie, et au lieu de n’en avoir qu’une seule et unique, tant aimée et trop courte à votre gré, vous en auriez des milliers, et chacune ne serait pas plus courte que celle de cinquante ou cent ans dont vous êtes nantis, et au cours de vos milliers de vies, vous ne connaîtriez aucun de ces petits ennuis qui si gentiment vous empoisonnent durant votre vie à grand ramage : l’amour, la morale, le travail, la civilisation, l’Etat. Sans l’habitude, vous étiez heureux comme l’herbe dans les prés.
— Mais Kronos, cette herbe ne sait pas qu’elle est heureuse, alors elle ne l’est pas.
— Elle pousse et elle est verte, c’est la perfection pour de l’herbe, et toi qui la regardes tu la trouves magnifique.
— Alors être dans un état de bonheur, c’est ignorer qu’on ignore ? »
Pierre Albert-Birot, Mon ami Kronos
vendredi 21 septembre 2007
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