samedi 8 septembre 2007

Le galet de marbre rose

« Au moment précis où Mathieu se penchait pour ramasser un galet de marbre rose dont les veines dessinaient un rhombe allongé, aux angles extrêmement obtus, qui en refermait un autre tout semblable mais plus petit et marqué à sa base d’une griffure minuscule, tandis qu’un protubérance brève mais aiguë apparaissait à son sommet, Choderlos de Laclos écrivait dans la lettre CX de Valmont à Madame de Merteuil :
"… et je ne sais pourquoi, il n’y a plus que les choses bizarres qui me plaisent."
Ramassant le galet, Mathieu ne savait pourquoi il faisait ce geste ni ce qu’il allait découvrir. Il ne découvrit rien. Seulement, le dessin que formaient les veines minérales lui parut à la fois étrange et familier. Il lui semblait le connaître depuis toujours et, sans qu’il sût pourquoi, ce dessin lui inspirait à la fois de l’attraction et de l’horreur. Ainsi comme il ne voulait ni s’en séparer ni le revoir, le cacha-t-il sous une ardoise de son galetas. »
Gabrielle Wittkop, Le puritain passionné

1 commentaires:

Nikola a dit…

Cher Stéphane, je déduis de cet extrait, très beau, que vous avez enfin suivi les traces de Denis et celles du tigre. Merci de proposer à la lecture le galet de Mathieu, qui pourrait parfaitement illustrer la fascination "étrange et familière" des oeuvres de Gabrielle.