lundi 12 février 2007

Salomé la sceptique

« ... Ce soir-là, quand il rentra dans son village et qu’on lui demanda comme les autres soirs : Allons ! raconte : Qu’as-tu vu ? Il répondit : Je n’ai rien vu.
Oscar Wilde
(André Gide : In memoriam)

Pour O. W.

Qu’ils sont étranges, les gens qui croient que c’est arrivé ! Comment peuvent-ils ? Une seule chose dans la vie, le rêve, me paraît assez belle, assez émouvante, pour valoir qu’on se trouble jusqu’au rire, jusqu’aux larmes.
J’ai cru trouver la fin de mon indifférence quotidienne (le lieu et la formule), un prolongement de mes nuits : l’art. (Ah ! que j’étais donc jeune !) Vierge, en effet, jusqu’à l’âme, je ne m’étais pas encore occupée de questions artistiques - ce sera mon excuse.
Je compris vite l’horrible guet-apens : peintres, écrivains, sculpteurs, musiciens même, ils copiaient la vie. Au lieu de la tromper, cette éternelle épouse ! c’était à qui lui serait le plus fidèle. Pouvais-je admirer leurs chromos, moi qui déjà n’aimais point le modèle ?
Pourtant, parfois les “ratés” me plaisaient, ceux d’entre les portraits qu’on ne parvenait point à faire ressemblants. J’achetais les laissés pour compte. Au moins, ces amants du réel étaient cela, faute de mieux : Pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ! »
Claude Cahun, Héroïnes

1 commentaires:

Nikola a dit…

Je vois que vous poursuivez la lecture de Claude Cahun et m'en réjouis. Ses "Héroïnes" sont pleines de charme et de mystère. J'ai, en plus de cette "Salomé", un faible pour "Cendrillon, l'enfant humble et hautaine" et "La Belle".